21/10/2013

Le Magasin des Suicides, Jean Teulé


Résumé : " Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! " Rien que le slogan est épatant. Jean Teulé nous raconte ici, et avec plein d'humour, l'aventure de la famille Tuvache, gérante depuis plusieurs générations d'une boutique consacrée au suicide. Vous avez le choix entre corde, poison, sabre, lame ou encore arme à feu : il y en a pour tous les goûts, du trouillard au colosse ! Les maîtres mots de la maison restent idées noires et tristesse jusqu'à la naissance du cadet, Allan, qui lui a la joie de vivre...

Mon avis : Souvent séduite par l'originalité des histoires, je me suis facilement laissée tenter par ce livre, tant le sujet m'a semblé surprenant dès le premier coup d'oeil. J'ai toutefois eu peur d'être choquée, mais l'histoire est façonnée  de façon si humoristique que la mort est largement tournée en dérision et ne semble plus un tabou. C'est une lecture rapide et fluide, notamment grâce à l'écriture et à des chapitres courts. La fin m'a semblé totalement inattendue et a vraiment remis en question les idées que je m'étais faite tout au long du récit. En bref, une lecture simple, originale et agréable !

Prix : 4.94 €

Points positifs :
* L'originalité du sujet
* Des personnages attachants
* Une fin surprenante

Points négatifs :
* Des métaphores et des parties du texte parfois un peu trop poussées, ambigües
* Malgré la fin que l'auteur a donné à son récit, on se demande quelle morale voulait il qu'on en tire.

20/10/2013

Contes de la bécasse, Maupassant


Résumé : Maupassant, adepte du recueil de nouvelles, nous livre ici une kyrielle de récits aux thèmes variés. Entre adultère et horreurs de la guerre franco-prussienne, en passant par les histoires de la campagne normande, il y en a pour tous les goûts. Préparez-vous à passer du rire aux larmes, de l’amour à la haine, au travers d’anecdotes normandes malicieuses et moralisatrices.

Ce cochon de Morin : Le recueil commence doucement avec une histoire sympathique. Morin est à la fois odieux, mais aussi à plaindre. Tout au long du récit, on ne sait sur quel pied danser.  Le narrateur, quant à lui, se noie tantôt dans l’incorrection, tantôt dans la ruse. La fin nous tient en haleine tant on se demande ce qui va advenir de ce-dernier, mais aussi du personnage éponyme. Une lecture agréable qui nous rappelle que, qu’importe nos actes, nos actions passées ne sont jamais loin derrière nous…

La Folle : Le cadre de la guerre franco-prussienne de 1870 accouplé au thème de la folie et de la mort change tout de suite la donne. Bien que courte, la nouvelle est édifiante et l’horreur présentée m’a glacé le sang du début à la fin. Impossible de poser un avis sur ce récit : on ne peut pas dire qu’il séduit, mais pour sûr, il amène à s’interroger. A mon sens, l’acte commis dépasse la méchanceté gratuite et frôle la barbarie. L’ultime phrase est à méditer longuement…

Pierrot : Maupassant décrit ici à merveille la paysanne prétentieuse de l’époque qui rêve de quitter la province pour gagner Paris, affriolée par les toilettes clinquantes et la richesse démesurée. L’aversion pour Mme Lefèvre est impossible à éviter, tout comme l’empathie à l’égard de sa pauvre servante, Rose. Les défenseurs de la cause animale pousseraient des cris d’horreur à la simple lecture de ces quelques pages. De mon point de vue, on frôle également la cruauté et il en est de même que pour La Folle, la méditation est la clé du récit.

Menuet : La tristesse est toujours au rendez-vous, même si le titre évoquant la danse laisse penser le contraire. La douleur est néanmoins atténuée et l’histoire moins choquante. On arrive même à sourire quand le petit vieillard entame quelques pas chassés dans la pépinière du Luxembourg. Un récit qui laisse souffler un peu, après ces histoires successives un peu troublantes. La question finale du narrateur reste en suspens, mais c’est à vous d’y répondre…

La Peur : On se trouve directement confronté à un titre qui en dit long. Le départ est un peu mou et peut décevoir, mais il faut continuer et, au bout de quelques pages de lecture, tout s’accélère. Les sentiments de terreur sont parfaitement décrits et le lecteur vibre à chaque fin de phrase. On se demande si le narrateur sombre dans la folie, ou si son aventure est réelle. En tout cas, elle vous glacera le sang !

Farce normande : Voilà une histoire un peu plus gaie ! Le thème du mariage de riches fermiers reste peu original, mais l’histoire prête à sourire. La description de la réception quelque peu rustique est bien menée : eau-de-vie, femmes engoncées dans leurs corsets trop serrés, et langage de braconnier suffisent pour amuser.  La chute est cocasse et illustre parfaitement l’adage enfantin « Qui va à la chasse perd sa place. ». Une nouvelle agréable et semblable à une bouffée d’air frais parmi les maux dévoilés dans ce recueil.

Les sabots : Une nouvelle un peu molle, sans grand intérêt à mon sens. Le sujet n’est pas très élaboré. La jeune Adelaïde représente l’idiotie même, ce qui prête à sourire parfois et rend l’histoire un peu plus dynamique. La stratégie de M. Omont pour attirer la jeune fille est amusante, quoi que largement perverse. Une conclusion mitigée sur ce récit, il ne s’agit pas du meilleur écrit de l’ouvrage, ni de l’auteur en général.

La Rempailleuse : Retour au récit tragique et triste. A travers le couple Chouquet, Maupassant émet une large critique à l’encontre des personnes qui tirent profit des choses, sans scrupule aucun. Le but est d’attiser la haine du lecteur, ce qui se fait sans difficulté : ces personnages sont odieux. Il faut aussi en tirer une morale : ne jamais donner son amour à celui qui ne le mérite pas. Un beau récit qui amène à la réflexion…

En mer : Il s’agit sûrement de la nouvelle qui m’a le moins séduite dans ce recueil. Le domaine maritime et les termes qui lui sont propres ne m’ont pas attiré car trop technique à mon goût. Une lecture un peu décevante sur ce point. Toutefois, derrière ce décor, se cache à nouveau une morale qui, malgré mon manque d’entrain, ne m’a pas échappé : attention à ceux qui préfèrent sauver leurs biens plutôt que leurs frères…

Un Normand : L’histoire est amusante, principalement grâce au père Mathieu, chargé de la chapelle abritant la statue de « Notre-Dame du Gros Ventre ». Les péripéties mineures sont compréhensibles et intéressantes, mais Maupassant titille la curiosité du lecteur tout au long du récit sur un point qui semble important, pour l’évincer totalement au moment de la chute. De ce fait, on se demande où a voulu aller l’auteur et on reste sur notre faim…

Le testament : Ce récit nous donne une belle leçon de vie sur les liens familiaux, à travers le testament de Madame de Courcils, femme dévouée à sa famille tout au long de sa triste vie, sans recevoir la moindre récompense. Encore une fois, Maupassant ne se lasse pas de nous faire la morale, et cette histoire vante les mérites de nos mères, ce qui est une bonne chose à mon sens dans notre société actuelle qui privilégie les liens indirects.

Aux champs : Le thème de cette nouvelle est peu originale : une femme riche et stérile souhaite adopter l’enfant d’une famille de paysans. Cependant, l’auteur donne un tournant à son récit, qui une fois de plus, pousse à réfléchir sur le respect et la gratitude que l’on doit à nos parents. Au moment de la chute, on se demande quel parti prendre : défendre l’enfant jaloux ou les sentiments d’une mère aimante ?

Un coq chanta : Une nouvelle fastidieuse à lire, au même titre qu’En mer. Je n’ai pas été séduite par les exigences de Madame d’Avancelles, une femme belle, et qui le sait, et de surcroît, indécise sur la position à prendre face à ses nombreux prétendants. Le pire reste pour moi la fin, qui n’a ni queue ni tête et qui laisse le lecteur dans l’incompréhension totale.

Un fils : Quoi de plus normal qu’une discussion entre deux bons amis par une belle journée de printemps ? L’histoire prend un tournant fatidique lorsque l’un se met à parler des enfants illégitimes que les hommes de l’époque pouvaient avoir, sans même en avoir connaissance. L’idée de traiter ce sujet, toujours d’actualité par ailleurs, est intéressante et les péripéties évoquées sont ambigües : on se demande s’il faut plaindre l’homme qui se retrouve face à un fils niais, sans aucun bon sens et fainéant, et qui ne sait quoi faire pour confier sa paternité et aider son enfant incompétent à subvenir à ses besoins. Une agréable nouvelle, toujours aussi moralisatrice.

Saint-Antoine : Maupassant revient de nouveau sur le sujet de la guerre franco-prussienne, mais cette fois-ci, il y inclut les exécutions sommaires et le sentiment d’injustice. Il nous fait ressentir l’idée, trop souvent oubliée, qu’il est intolérable de laisser accuser quelqu’un à sa place, ce qui m’a réellement attiré. Mais, à cette époque, il s’agissait de choisir entre la vie et la mort. Alors, qu’auriez-vous fait à la place de Saint Antoine ?

L’aventure de Walter Schnaffs : Pour la première et dernière fois dans ce recueil, la guerre de 1870 est évoquée, mais cette fois-ci, du côté prussien et d’une manière plus amusante. Walter Schnaffs est un soldat trouillard et gras qui a peine à suivre le rythme des combats. Quand il se retrouve coincé dans un fossé, son unique pensée est de se faire faire prisonnier, ce qui tourne en dérision le récit. Une histoire sympathique qui détend l’atmosphère et clôt le recueil en beauté.

Prix : 2.38 €

Points positifs :
* La présence de morale
* Les sujets évoqués
* L'écriture simple et claire

Points négatifs :
* Quelques nouvelles dont le sens est difficile à cerner

13/10/2013

Go Free or Die, Jeri Ferris


Résumé : Harriet est une jeune esclave noire qui rêve de liberté depuis son plus jeune âge. Après avoir été vendue de nombreuses fois, elle se décide enfin à prendre la direction de la Pennsylvanie, où l'esclavage est interdit, pour rejoindre quelques familles Quakers qui l'aideront à être aussi libre que les oiseaux qu'elles croisent sur son chemin..

Mon avis : Si vous souhaitez débuter la lecture en anglais, ce livre est fait pour vous. Il est très court (une cinquantaine de pages) et le vocabulaire utilisé n'est pas des plus compliqués. Tout au long de ce récit, j'étais plongée dans le périple d'Harriet Tubman, véritable héroïne noire-américaine du XIX surnommée Moïse pour avoir aider des centaines d'esclaves à reconquérir leur liberté. La barrière de la langue n'a pas du tout été un problème. En clair, j'ai passé un très bon moment, court certes, mais agréable !

Prix : 4€

Points positifs :
* Le sujet : l'esclavagisme aux Etats-Unis au XIX siècle
* Le principe de "mini-biographie" d'Harriet Tubman
* Une écriture simple et agréable

Points négatifs :
* Une fin un peu précipitée

02/10/2013

Amok, Stefan Zweig


Résumé : L'effrayant Amok et son kris, qui court à grande vitesse, l'oeil vide, complétement fermé au monde extérieur et tuant quiconque sur son passage. Voilà comment se décrivait le personnage mystérieux que Zweig nous dévoile, jeune médecin expatrié dans la jungle malaise et dont la vie paisible a basculé à la simple rencontre d'une inconnue. Folie et amour sont encore au rendez-vous !

Mon avis : Du grand Zweig, comme d'habitude, même si j'avoue avoir été plus sensible à sa nouvelle intitulée Lettre d'une inconnue. La folie amoureuse est ici à son apogée, et comme toujours en lisant les écrits de cet auteur, j'étais bien contente de ne pas vivre cette terrible aventure. Les sentiments, et même les actes, sont si forts qu'on en est déstabilisé. Tout est fait pour maintenir en éveil la curiosité du lecteur, et il faut avouer que cela fonctionne. Une belle lecture, que je recommande !

Prix : 1.43 €

Points positifs :
* Le caractère mystérieux du récit.
* Une belle description de la vie de l'époque, et notamment des médecins expatriés.
* Une écriture agréable et précise adaptée à la traduction des sentiments du personnage.

Points négatifs :
* Une description un peu redondante du paysage nocturne.
* Une nouvelle qui n'est pas la plus brillante de l'auteur